Réfugié-e-s syrien-ne-s et le logement

LeDevoir_syriens_17dec15

“Vous avez peut-être vu les images du premier ministre du Canada accueillant des réfugiés syriens à leur descente de l’avion. Toutefois, pour M. Trudeau, ce n’était probablement pas le bon moment pour vous dire qu’il ne sera pas facile de bien se loger ici. C’est souvent le cas dans sa propre circonscription. C’est particulièrement vrai pour bien des personnes nouvellement arrivées au pays.”

Texte sur le site du Devoir ou lire ci-après.

À Montréal, selon le récent rapport du directeur de la Santé publique, 30 % des logements ont au moins un facteur d’insalubrité pouvant causer des problèmes de santé : moisissures, coquerelles, souris et punaises de lit. « Les immigrants récents sont aussi plus à risque d’habiter dans un logement insalubre ou trop dispendieux », lit-on dans ce rapport. Si près de 10 % des ménages locataires consacrent plus de 80 % de leur revenu au loyer, cette proportion dépasse les 18 % chez les ménages d’arrivée récente au pays.

Bref, méfiez-vous de ce logement libre en plein hiver : il sera soit trop petit, soit trop cher, soit en mauvais état, soit les trois. Pour signer votre bail, des propriétaires exigeront de vous un parrain cosignataire, comme l’affirment sans gêne certains porte-parole de corporations immobilières. D’autres se méfieront de votre accent, de vos enfants ou de votre grossesse. Quelques-uns exigeront de vous d’illégaux dépôts de garantie ou pour les clés, feront une collecte abusive d’informations personnelles ou omettront de vous donner un reçu contre votre loyer demandé comptant. Après, continuez de vous méfier, ils seront nombreux à vouloir tirer parti de votre ignorance de vos droits.

Par malheur, si vous tombez sur l’un de ces logements que les inspecteurs doivent évacuer d’urgence, vous ne serez pas admissibles au relogement d’urgence durant vos 12 premiers mois chez nous. N’en faites pas une affaire personnelle. Vous ne serez pas le premier réfugié à aboutir dans un taudis.

Ces 12 mois écoulés, contrairement aux autres réfugiés et demandeurs d’asile, vous serez admissibles aux logements à prix modique, forts de votre résidence permanente. Mais ne comptez pas trop là-dessus, vous ne rejoindrez qu’une longue liste d’attente de 23 000 noms.

Vous reverrez M. Trudeau. Un jour à la télé, il annoncera qu’il tient ses promesses en matière de logement social. Le maire de votre nouvelle ville, vous l’entendrez chaque mois de mai promettre qu’il serrera la vis aux propriétaires délinquants. Quant au ministre québécois des Affaires municipales, vous ne le verrez pas : il est trop occupé à couper dans le logement social, à offrir des subventions aux propriétaires et à les aider à vous jeter le plus vite à la rue, si votre loyer s’avérait trop cher pour vous.

Bienvenue à Montréal.

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