Opposition à la démolition du 495, Beaumont

Montréal, le 3 septembre 2019

Mme Lyne Deslauriers
Secrétaire d’arrondissement
Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension (VSPME)
405, avenue Ogilvy bureau 200
Montréal, Québec
H3N 1M3
ldeslauriers@ville.montreal.qc.ca

Objet : Opposition à la démolition du 495, Beaumont à Montréal

Mme Deslauriers,

La présente constitue un avis d’opposition, de la part du Comité d’action de Parc-Extension (CAPE), à la demande de permis de démolition du bâtiment sis au 495, rue Beaumont, à Montréal, le tout conformément à l’article 12 du Règlement régissant la démolition d’immeubles de l’arrondissement (RCA04-14007).

Le 495, Beaumont a été longtemps visé par la Ville de Montréal pour la construction de 120 unités de logement social. Cependant, le projet proposé par le Groupe Montoni ne comptera pas de logements sociaux, et le prix des loyers restent à préciser. Construire 113 logements sans une seule unité de logement social, ne correspond nullement aux besoins de Parc-Extension. Le CAPE n’est pas convaincu de l’opportunité de la démolition, compte tenu de l’intérêt public, d’autant plus que le promoteur est incapable de préciser le prix des loyers des futurs logements, comme le rapportaient le quotidien le Devoir le 19 juillet dernier.

Un des secteurs les plus pauvres du pays, le Parc-Extension est un quartier d’accueil et d’établissement de personnes immigrantes et réfugiées. Il est caractérisé par divers facteurs de défavorisation et par des problèmes de logement. 39,7% des ménages locataires du quartier consacrent plus de 30% de leur revenu au loyer (3765 ménages).

En outre, selon l’étude sur la santé respiratoire des enfants, produite par la Direction de la santé publique de Montréal (2011), parmi les domiciles avec enfants de 6 mois à 12 ans de Parc-Extension : 25,9% ont une présence de blattes (coquerelles) ; 18,7% ont une présence de rongeurs ; 38% ont des facteurs d’humidité ou de moisissures. Plus récemment, en septembre 2015, le rapport du Directeur de la santé publique de Montréal plaçait malheureusement l’arrondissement Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension en tête de liste pour les problèmes de punaises de lit et de moisissures

Présentement, Parc-Extension est bousculé par l’activité immobilière et l’ouverture du Campus Outremont en septembre 2019. L’arrivée des étudiant-e-s amène de nouveaux enjeux pour les locataires : évictions, rénovations pour louer à de nouvelles clientèles, conversion de logements en copropriétés indivises, augmentation des loyers et logements loués à des fins touristiques. Les locataires, qui peinent déjà à se loger décemment, auront de plus en plus de difficulté à le faire. Leur logements seront potentiellement repris par des ménages mieux nantis.

En outre, régulièrement, le CAPE prend connaissance de transactions immobilières très récentes où les nouveaux propriétaires demandent aux locataires de quitter dans le but de rénover leur logement afin de les offrir à des personnes mieux nanties. La réno-éviction est un phénomène inquiétant qui amènera le CAPE à poursuivre ses représentations pour demander des changements dans l’octroi des permis de rénovation, afin de protéger la population du quartier.

Présentement, Parc-Extension ne compte que 655 logements sociaux. À l’été 2015, 21 ménages emménageaient sur l’avenue Outremont dans une construction neuve à but non lucratif faite avec AccèsLogis. Le précédent projet, la Coopérative Durocher/D’Anvers (30 logements), datait de 10 ans auparavant (2005). Bien que l’acquisition du 8600 de l’Épée soit une bonne nouvelle pour le quartier, les besoins en logement social restent criants. En septembre 2018, 811 ménages étaient inscrits sur les listes d’attente de l’Office municipal d’habitation de Montréal

De plus, la Ville de Montréal et l’arrondissement VSMPE ont raté la cible de 225 nouveaux logements sociaux pour les quartiers voisins du campus Outremont prévue au Plan de développement urbain, économique et social (PDUES) des secteurs Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont, De Castelnau. Par surcroit, en permettant l’usage résidentiel de plein droit sur le côté Nord de Beaumont (sauf pour les rez-de-chaussée entre Outremont et de l’Acadie), le PDUES a ouvert la voie pour que Parc-Extension devienne le terrain de jeu des gentrificateurs. Même les politiques d’inclusion sociale de la Ville et de VSMPE sont totalement inutiles puisque l’utilisation projetée du sol dégagé ne nécessitera pas de dérogations. Le CAPE pense que les politiques d’inclusion devraient être bonifiées afin d’utiliser les demandes de démolition comme levier pour amener les promoteurs immobiliers à inclure des logements sociaux dans leur projet.

L’échec par la Ville de Montréal d’acquérir, à des fins de logement social, le 495, Beaumont est lourd de conséquences pour le maintien de notre population dans le quartier. Un refus à la demande de permis de démolition, ainsi que la transformation du 495, Beaumont en logement social, est une occasion de corriger cet échec.

Pour toutes ces raisons, le Comité d’action de Parc-Extension (CAPE) s’oppose aux demande de permis de démolition pour le 495, Beaumont. Ce projet ne répond qu’à des intérêts privés et financiers. Il ne correspond pas aux besoins des locataires de Parc-Extension et augmentera la pression sur le logement existant.

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