Opposition à la démolition du 925, Beaumont et du 891-893, Beaumont

Montréal, le 15 novembre 2018

Me Danielle Lamarre Trignac, secrétaire d’arrondissement

Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension (VSPME)

405, avenue Ogilvy bureau 200, Montréal, Québec, H3N 1M3

dtrignac@ville.montreal.qc.ca

Objet : Opposition à la démolition du 925, Beaumont et du 891-893, Beaumont à Montréal

Maitre,

La présente constitue un avis d’opposition, de la part du Comité d’action de Parc-Extension (CAPE), aux demandes de permis de démolition des bâtiments sis au 925/891/893, rue Beaumont, à Montréal, le tout conformément à l’article 12 du Règlement régissant la démolition d’immeubles de l’arrondissement (RCA04-14007).

Le 925, Beaumont a récemment été rénové et abrite aux moins deux entreprises depuis. Le bâtiment semble en bon état, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur et ne présente aucune vétusté.

Construire trois étages de 39 petits logements pour une « clientèle étudiante », avec le rez-de-chaussée en commercial, comme utilisation projetée du sol dégagé ne correspond nullement aux besoins de Parc-Extension.

Le 925, Beaumont doit rester tel quel tandis que le 891-893, Beaumont doit être mis en réserve foncière ou être acquis par la Ville de Montréal à des fins de logement social. Le CAPE n’est pas convaincu de l’opportunité de la démolition, compte tenu de l’intérêt public.

Parc-Extension, l’un des secteurs les plus pauvres du pays, est un quartier d’accueil et d’établissement de personnes immigrantes et réfugiées. Il est caractérisé par divers facteurs de défavorisation et par des problèmes de logement.

L’arrivée du campus Outremont a de nombreux effets sur le quartier, dont celui d’augmenter la pression sur le marché locatif. Les locataires, qui peinent déjà à se loger décemment, auront de plus en plus de difficulté à le faire. Leur logements seront potentiellement repris par des ménages mieux nantis.

Par surcroît, l’arrivée du Campus Outremont et la gentrification des quartiers voisins amènent de nouveaux enjeux pour les locataires : évictions, rénovations pour louer à de nouvelles clientèles, conversion de logements en copropriétés indivises, augmentation des loyers et logements loués à des fins touristiques.

Parc-Extension ne compte que 655 logements sociaux. À l’été 2015, 21 ménages emménageaient sur l’avenue Outremont dans une construction neuve à but non lucratif faite avec AccèsLogis. Le précédant projet, la Coopérative Durocher/D’Anvers (30 logements), datait de 10 ans auparavant (2005).

39,7% des ménages locataires du quartier consacrent plus de 30% de leur revenu au loyer (3765 ménages). En septembre 2018, 811 ménages étaient inscrits sur les listes d’attente de l’Office municipal d’habitation de Montréal.

En outre, selon l’étude sur la santé respiratoire des enfants, produite par la Direction de la santé publique de Montréal (2011), parmi les domiciles avec enfants de 6 mois à 12 ans de Parc-Extension : 25,9% ont une présence de blattes (coquerelles) ; 18,7% ont une présence de rongeurs ; 38% ont des facteurs d’humidité ou de moisissures. Plus récemment, en septembre 2015, le rapport du Directeur de la santé publique de Montréal plaçait malheureusement l’arrondissement Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension en tête de liste pour les problèmes de punaises de lit et de moisissures.

Parc-Extension est bousculé par l’activité immobilière et l’ouverture du Campus Outremont en septembre 2019. À ce sujet, nous portons à votre attention cette décision récente de la Régie du logement évinçant une famille à faible revenu de son logement de la rue Hutchsion, disponible à http://t.soquij.ca/p6X8K. Au point 4, on peut y lire :

« Le 15 août 2017, le locateur faisait parvenir aux occupants des deuxième et troisième étages de l’immeuble des avis d’évictions pour subdivision.  Il annonçait alors son intention de subdiviser ces deux logements.  Le 3 octobre 2017, le locateur concluait une entente de résiliation de bail avec l’occupant du troisième.  Et il est établi que le locateur n’a pas subdivisé le logement du troisième, mais l’a plutôt partiellement rénové et mis en location en haussant le loyer de 530 $ à 1 550 $ ».

En outre, nous avons recensé une dizaine de transactions immobilières très récentes où les nouveaux propriétaires demandent aux locataires de quitter dans le but de rénover leur logement afin des les offrir à des personnes mieux nanties. La réno-éviction est un phénomène inquiétant qui amènera le CAPE à faire d’autres représentations pour demander des changements dans l’octroi des permis de rénovation, afin de protéger la population du quartier.

De plus, la Ville de Montréal et l’arrondissement VSPME ont raté la cible de 225 nouveaux logements sociaux pour les quartiers voisins du campus Outremont prévue au Plan de développement urbain, économique et social (PDUES) des secteurs Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont, De Castelnau. Par surcroit, en permettant l’usage résidentiel de plein droit sur le côté Nord de Beaumont (sauf pour les rez-de-chaussée entre Outremont et de l’Acadie), le PDUES a ouvert la voie pour que Parc-Extension devienne le terrain de jeu des gentrificateurs. Même les politiques d’inclusion sociale de la Ville et de VSMPE sont totalement inutiles puisque l’utilisation projetée du sol dégagé ne nécessitera pas de dérogations, sauf une mineure.

L’échec par la Ville de Montréal d’acquérir, à des fins de logement social, le 495, Beaumont est lourd de conséquences pour le maintien de notre population dans le quartier. La transformation du 891-893 Beaumont en logement social est une occasion de corriger partiellement cet échec.

Pour toutes ces raisons, le Comité d’action de Parc-Extension (CAPE) s’oppose aux demande de permis de démolition pour le 925, Beaumont et le 891-893, Beaumont. Ces immeubles ne semblent pas désuets. Ce projet ne répond qu’à des intérêts privés et financiers, ne correspond pas aux besoins des locataires de Parc-Extension et augmentera la pression sur le logement existant.

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